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“Through this text, a virgin territory keeps inventing itself, its border continuously blurred as we go up and down, down to the very bottom and the sludge, up to the surface — hardly a quarter of the face, only the nose, maybe.
Breath — no more than a gasp — asphyxia — a fierce battle to stop it.

What you feel is the continuous confusion due to the absence of any dividing line. ‘Not a violent death, but a deep, silent death.’ A deep, silent life: such is the echo that resonates, far away.

Already half a corpse, a man drifts away, one arm around a tree trunk that floats on the surface of a river. Drifting southward ‘like a wounded awareness’.

Things from another existence — his own maybe, at some other time — unleash upon him. Unless they belong to an existence that has nothing to do with his own. In  any case, those are unfurling forces that oppose him, while he must give in to the current.

(…)

For this navigating man — strange navigation — his reflection in the water and his own place right next to death express — at this unique moment — what nobody else can know. A slow progress at the edge of the unknowable.

The ultimate has no end. It is — for some extended time — opening onto a free coexistence of life and death.

Time comes to a still point just at the moment of going through the threshold, which makes it neither inexorable nor emotional. Body and spirit unite in this adventure experienced on the edge of life, at the infinitely expanded moment of its rupture.”

 

LA BARQUE LE SOIR (Claude REGY) 2012

 

“Dans ce texte s’invente un univers vierge parce que se brouillent continûment les frontières : monter et descendre, toucher le fond parmi la vase, émerger à la surface – à peine un quart de visage, le nez seul peut-être.
Respiration – très peu d’air – asphyxie – lutte farouche pour l’interrompre.

Ce qu’on ressent, c’est le trouble constant de l’absence de démarcation.
‘Pas une mort violente, mais une mort profonde, silencieuse.’ Une vie profonde, silencieuse. C’est l’écho qu’on entend au loin.

À demi cadavre, un homme dérive accroché, d’un bras, à un tronc d’arbre qui flotte à la surface d’un fleuve. Il dérive vers le sud « comme une conscience blessée ».

Des choses qui viennent d’une autre existence – la sienne sans doute en un autre temps – se déchaînent sur lui. À moins qu’il ne s’agisse des manifestations d’une existence extérieure à la sienne. Il s’agit en tout cas d’un déchaînement de forces qui s’opposent à lui, contraint comme il est de s’abandonner au courant.

(…)

Pour l’homme qui navigue – étrange navigation – son reflet dans l’eau et sa propre place tout contre la mort peuvent dire – c’est un moment unique – ce que personne d’autre ne sait. Un cheminement lent au bord de l’inconnaissable.

L’ultime ne finit pas. C’est une ouverture – pour un temps prolongé – à une libre coexistence de la vie et de la mort.

Une sorte de permanence est donnée au passage du seuil qui cesse, par là même, d’être fatal et émotionnel. C’est une aventure du corps et de l’esprit, une expérience à l’extrême du vivant, dans le moment infiniment dilaté de sa rupture.”

 

• • •

Claude Régy (1923-) en 2016, à propos de son adaptation au théâtre du roman de [about his theater adaptation of the novel by] Tarjei Vesaas (1897-1970), La Barque le soir [The Boat in the Evening], 1968

Pascal Victor

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