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“Oh how I wish that ship the Argo had never sailed off to the land of Colchis, past the Symplegades, those dark dancing rocks which smash boats sailing through the Hellespont. I wish they’d never chopped the pine trees down in those mountain forests up on Pelion, to make oars for the hands of those great men who set off, on Pelias’ orders, to fetch the golden fleece. Then my mistress, Medea, never would’ve sailed away to the towers in the land of Iolcus, her heart passionately in love with Jason. She’d never have convinced those women, Pelias’ daughters, to kill their father. She’d not have come to live in Corinth here, with her husband and her children—well loved in exile by those whose land she’d moved to. She gave all sorts of help to Jason. That’s when life is most secure and safe, when woman and her husband stand as one.

But that marriage changed. Now they’re enemies. Their fine love’s grown sick, diseased, for Jason, leaving his own children and my mistress, is lying on a royal wedding bed. He’s married the daughter of king Creon, who rules this country. As for Medea, that poor lady, in her disgrace, cries out, repeating his oaths, recalling the great trust in that right hand with which he pledged his love. She calls out to the gods to witness how Jason is repaying her favours. She just lies there. She won’t eat — her body she surrenders to the pain, wasting away, always in tears, ever since she found out how her husband has dishonoured her. She’s not lifted her eyes up from the ground, or raised her head. She listens to advice, even from friends, as if she were a stone, or the ocean swell, except now and then she twists that white neck of hers and weeps, crying to herself for her dear father, her home, her own land, all those things she left behind, to come here with the man who now discards her. Her suffering has taught her the advantages of not being cut off from one’s own homeland.

Now she hates her children. When she sees them, there is no joy in her. And I’m afraid she may be up to some new mischief. Her mind thinks in extremes. I know her well. She’ll not put up with being treated badly. I worry she may pick up a sharp sword and stab her stomach, or else she’ll go into the house, in silence, to that bed, and kill the king and bridegroom Jason. Then she’ll face an even worse disaster. She’s a dangerous woman. It won’t be easy for any man who picks a fight with her to think she’s beaten and he’s triumphed.”

 

La Poupée - Hans Bellmer, c. 1934

 

“Plût aux dieux que le navire Argo n’eût pas volé par-delà les Symplégades bleu sombre vers la terre de Colchide, que dans les vallons du Pélion le pin ne fût jamais tombé sous la hache et n’eût armé de rames les mains des héros valeureux qui allèrent chercher pour Pélias la Toison toute d’or! Ma maîtresse Médée n’eût pas fait voile vers les tours du pays d’Iôlcos, le coeur blessé d’amour pour Jason. Elle n’eût pas persuadé aux filles de Pélias d’assassiner leur père et n’habiterait pas ici en cette terre de Corinthe avec son mari et ses enfants. Elle plaisait d’abord aux citoyens du pays où elle s’était réfugiée et elle vivait dans une entente parfaite avec Jason; or c’est bien là que se trouve la meilleure des sauvegardes, quand la femme n’est jamais en désaccord avec son mari.

Maintenant tout lui est hostile; elle est atteinte dans ses affections les plus chères : Jason trahit ses enfants et ma maîtresse et entre dans une couche royale; il épouse la fille de Créon, qui règne sur le pays. Médée, l’infortunée! outragée, à grands cris atteste les serments, en appelle à l’union des mains, le plus fort des gages; elle prend les dieux à témoin de la reconnaissance qu’elle reçoit de Jason. Affaissée, sans nourriture, elle abandonne son corps à ses douleurs; elle consume ses jours entiers dans les larmes depuis qu’elle connaît la perfidie de son mari; elle ne lève plus les yeux ni ne détache du sol son regard; elle semble un roc ou le flot de la mer quand elle écoute les consolations de ses amis. Parfois cependant elle détourne son cou éclatant de blancheur, et, en elle-même, elle pleure son père aimé, sa patrie, son palais, qu’elle a trahis et quittés pour suivre l’homme qui la tient aujourd’hui en mépris. Elle sait, la malheureuse, par son propre malheur, ce qu’on gagne à ne pas quitter le sol natal.

Elle abhorre ses fils; leur vue ne la réjouit plus. Je crains qu’elle ne médite quelque coup inattendu : c’est une âme violente; elle ne supportera pas l’outrage; je la connais et j’ai peur qu’elle n’entre sans rien dire dans l’appartement où est dressé son lit et ne se plonge un poignard aiguisé à travers le foie, ou encore qu’elle ne tue la princesse et son mari et qu’ensuite elle ne s’attire ainsi une plus grande infortune. Elle est terrible! Non certes, il ne sera pas facile, à qui aura encouru sa haine, de remporter la couronne de victoire.”

 

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Euripides / Euripide (480-406 BCE / 480-406 av. J.-C.), Medea / Médée, 431 BCE / 431 av. J.-C.

Hans Bellmer (1902-1975), La poupée / The Doll, 1936

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2 réflexions sur “Medea betrayed / Médée trahie

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