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“Neuf jours durant nous naviguâmes jour et nuit ;
le dixième jour déjà parut la campagne natale,
et nous apercevions les hommes et les feux tout près…
Alors, le doux sommeil m’envahit, j’étais épuisé,
ayant toujours tenu le gouvernail, le refusant
aux autres pour que nous fussions plus tôt rendus.
Et cependant, mes compagnons parlaient tous à la fois,
affirmant que je rapportais de l’or et de l’argent,
cadeaux d’Éole, généreux fils d’Hippotas.
Et il allaient disant, se regardant les uns les autres :
‘(…) Et voilà maintenant ce qu’Éole par amitié
lui a donné… Allons! Vite ! Voyons ce qu’il en est,
combien d’or et d’argent il y a dans cette outre!’
Tels étaient leurs propos ; ce mauvais dessein l’emporta,
ils défirent le nœud, tous les vents sautèrent dehors,
l’ouragan vite déchaîné les rejeta au large,
tout en pleurs, loin de la patrie. Moi cependant,
réveillé, je me demandais dans mon cœur sans reproche
si j’allais me jeter à l’eau pour y périr
ou subir en silence et rester avec les vivants.
Je restai, je subis, couché tête couverte
dans le bateau. Les vents maudits nous ramenaient
à l’île d’Éolie, et mes compagnons gémissaient.”

 

 

“For nine days we sailed, night and day alike,
and now on the tenth our native land came in sight,
and lo, we were so near that we saw men tending the beacon fires.
Then upon me came sweet sleep in my weariness,
for I had ever kept in hand the sheet of the ship, and had yielded it
to none other of my comrades, that we might the sooner come to our native land.
But my comrades meanwhile began to speak one to another,
and said that I was bringing home for myself gold and silver as gifts
from Æolus, the great-hearted son of Hippotas.
And thus would one speak, with a glance at his neighbor: ‘[…] And now Æolus has given him these gifts, granting them freely of his love. Nay, come, let us quickly see what is here, what store of gold and silver is in the wallet.’
So they spoke, and the evil counsel of my comrades prevailed.
They loosed the wallet, and all the winds leapt forth,
and swiftly the storm-wind seized them
and bore them weeping out to sea
away from their native land; but as for me,
I awoke, and pondered in my goodly heart
whether I should fling myself from the ship and perish in the sea,
or endure in silence and still remain among the living.
However, I endured and abode, and covering my head
lay down in the ship. But we were borne by an evil blast of wind
back to the Æolian isle; and my comrades groaned.”

 

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Homère [Homer] (VIIIᵉ siècle av. J.-C / 8th century BC), Odyssée [Odyssey], X, 28-55, ed. Poche La Découverte (1982), trad. Philippe Jaccottet

François Arnal (1914-2012), Bombardement 62: Le Pantalon bleu [Bombardment 62: Blue Trousers], 1965

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Prenez le temps d’écouter maintenant ou de podcaster l’entretien passionnant d’Adèle Van Reeth avec Pierre Judet de la Combe (59 mn de plaisir!)

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Une réflexion sur “Les vents maudits / An an evil blast of wind

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